Une histoire de l’animation (japonaise)

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20 janvier 2013 par Marie Pruvost-Delaspre

  • Invention du cinéma d’animation

Émile Reynaud invente le praxinoscope en 1877, puis lance les spectacles de théâtre optique vers 1880 au Musée Grévin, comme Autour d’une cabine (1894).

Il est suivi par les premiers cinéastes d’animation, James S. Blackton, Émile Cohl ou encore Winsor McCay, qui dessinent à la main les milliers d’images nécessaires à leurs court-métrages, selon les techniques élémentaires disponibles à l’époque.
Ex : Humorous Phases of Funny faces, 1907

  • Développement du medium

Les améliorations permises grâce à de nombreux perfectionnements techniques, en particulier l’invention du celluloïd en 1914 par Hurd Earl, puis la barre à ergots en 1917 par Raoul Barré, amènent le développement du dessin animé commercial à partir des 1920’s avec les premières séries de Walt Disney et des frères Fleischer. Ces studios en resteront longtemps au format court (<30 mins), avant de passer le cap du long-métrage avec Blanche-Neige (1937).

Ex : Koko le Clown, 1921

  • L’animation au Japon

Au Japon, le dessin animé connaît un développement tardif, par rapport à la Chine voisine par exemple, et la production reste longtemps artisanale. (Voir cet article de Jasper Sharp retraçant l’histoire des pionniers de l’animation japonaise sur Midnight Eye)

Les débuts de l’animation japonaise peuvent se résumer à trois grands noms :

Yamamoto Sanae (1898-1981)

Il fonde son propre studio, Yamamoto manga seisekujo, puis participe à la création de la Nihon Dôgasha en 1947. Après la guerre, il devient principalement producteur, pour enfin finir sa carrière comme vice-président de la Toei Dôga en 1956.

Ôfuji Noburô (1900-1961)

Réputé pour ses animations de papier découpé chiyogami, il est souvent considéré comme le premier animateur indépendant japonais. Sa technique inspirée du kamishibai, ou théâtre de papier, va faire sensation jusqu’en France, où il remporte un prix au Festival de Cannes pour La Baleine (1955). Cependant, il réalise aussi des cartoons plus classiques dans les années 1930.

Ex : The Routing of the Tengu, 1934


Masaoka Kenzô (1898-1988)

Engagé au département des films éducatifs de la Nikkatsu, il fonde par la suite le studio Masaoka eigaseisakusho en 1932. C’est lui qui réalise avec son assistant Seo Mitsuyo (1911-2010) Le Monde du pouvoir et de la femme en 1933, un court-métrage important puisqu’il correspond aux premières expériences en celluloïd et son synchronisé. Contraint de participer à l’effort de guerre au sein du studio Geijutsu Eiga Sha (1938-1945), il s’attache à créer un nouveau style de dessin animé, lyrique et poétique.

Ex : L’Araignée et la tulipe (1943)

  • Le tournant des années 1940-50

Le premier moyen-métrage réalisé par Seo Mitsuyo pour la propagande, Momotarô l’aigle des mers, sort en 1944, suivi de Momotarô le soldat divin en 1945, mais la guerre les prive d’une véritable diffusion et limite les possibilités de développement d’une animation industrielle.

Juste après la guerre, Masaoka et Yamamoto fonde la Nihon Dôgasha, qui s’associe à d’autres petits studio en 1952 pour devenir la Nichidô Eigasha, avant d’être rachetée pour former la Toei Dôga. Ce studio marque le début de la production industrielle de masse et premier long-métrage en couleurs, Le Serpent blanc de Yabushita Taiji (1958), qui n’est pas une comédie musicale, mais plutôt récit épique pour enfants, très ancré dans tradition littéraire et picturale asiatique.

Ex : Le Serpent Blanc, 1958

  • Les années 1960-70, entre production commerciale et contestation

Les années 1960 sont une période de transition où coexistent plusieurs styles, studios et tendances. Elle voit aussi l’apparition d’une forme d’animation indépendante, en particulier avec le Groupe des Trois (Sannin no Kai) de Kuri Yoji.

Ex : Human Zoo de Kuri, 1961

  • Osamu Tezuka

Auteur de BD prolifique et à succès, nommé « Dieu du manga », il a aussi apporté de nombreuses innovations à l’animé (dynamisme, montage cinématographique vs. tradition statique du manga).

Il fait ses débuts en animation avec Voyage vers l’occident, la première comédie musicale distribuée à l’étranger de la Toei, dont il est le scénariste et l’assistant-réalisateur.

Ex: Saiyuuki, 1959


La création en 1963 de Mushi Production, son propre studio, lui permet de se lancer dans la réalisation de la première série télévisée japonaise, Astro Boy :

« Ce que j’ai voulu décrire dans Tetsuwan Atom, c’est le manque de communication entre la science et l’homme. »

Après plusieurs échecs financiers de ses films pour adultes (Cléopâtre, Belladona), Tezuka démissionne de Mushi Production en 1973 et se consacre au court-métrage.

Ex : Jumping, 1984

http://www.dailymotion.com/video/xezlk_jumping-tezuka_news#.UPwkQejaMhQ

« Le cinéma d’animation est une sorte de mouvement, et c’est en même temps l’art de donner la vie. En faisant bouger une chose, on lui insuffle la vie – c’est ce que l’on appelle l’animisme, la pensée qui nous conduit à croire que chaque objet a une âme. L’animation est bien, en ce sens, une sorte d’animisme. » (Tezuka Osamu Gekijô, Tôkyô, Tezuka Productions, 1997, p.11)

  • Conseils bibliographiques

Carou Alain, « Les inventions animées, Émile Cohl au prisme d’une histoire culturelle des techniques», 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze, n° 53, 2007, pp. 140-153.

Denis Sébastien, Le cinéma d’animation, Paris, A. Colin, 2007, 231p.

Willoughby Dominique, Le cinéma graphique : une histoire des dessins animés, des jouets d’optique au cinéma numérique, Paris, Textuel, 2009, 285p.

McCarthy Helen, The art of Osamu Tezuka : god of manga, New York, Abrams ComicArts, 2009, 272p.

Koyama-Richard Brigitte, L’animation japonaise : du rouleau peint aux Pokémon, Paris, Flammarion, 2010, 245p.

Lewis Leo, Anime Attacks, Japan Inc., avril 2004.

Tezuka Osamu, Ma vie manga, Paris, Kana, coll. Sensei, 2011, 185 p.

O’Connell Michael, A Brief History of Anime, 1999, lien

Patten Fred, Momotaro’s Gods-Blessed Sea Warriors, 1996, Animation Magazine, n°1/7.

Mais aussi une page de cours de M1 Communication sur l’histoire culturelle du cinéma d’animation japonais par Rachel Mazuy, un article qui traduit une conférence américaine sur le sakuga, une conférence de l’écrivain et théoricien Ôtsuka à l’université Concordia, et un article en anglais de l’historien de l’animation Jasper Sharp, Pionneers of Japanese Animation.

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