MADHOUSE

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13 mars 2013 par Marie Pruvost-Delaspre

Au début des années 70, le studio Mushi Production est au bord de la rupture et ne peut plus empêcher la fuite de ses employés. Il avait été créé par Osamu Tezuka en 1961, pour produire sa série pour la télévision, Astro Boy, mais il fait faillite en 1973. Tezuka, qui l’avait quitté en 1970, fonde Tezuka Production. De leur côté, le producteur Masao Maruyama et le réalisateur Osamu Dezaki s’associent pour créer Madhouse K.K., fondé le 17 octobre 1972.

  • Des débuts sous l’emprise de la série télévisée

Le studio ne développe dans un premier temps qu’une activité de sous-traitance pour les grands studios, travaillant en particulier pour la Toei, TMS, ou encore Sanrio. Le premier contrat décroché par Dezaki, qui dirige la structure, sera l’adaptation animée de Ace o Nerae! (Jeu, set et match !, d’après le shoujo manga de Yamamoto Sumika) en collaboration avec TMS, en 1973.

Ex : Jeu, set et match, Dezaki Osamu (1973-4)

Dezaki était l’un des artistes principaux de Mushi, Tezuka l’avait recruté en 1963, et il passe à la réalisation sur la série Ashita no Joe (1970). Son style a marqué l’animé, en particulier à travers les formes filmiques exubérantes qu’il affectionnait, comme le split-screen, ou les arrêts sur images, qu’il appelait des « cartes postales mémorielles » (postcard memories), et un travail assez expressionniste sur les effets spéciaux.

Ashita no Joe

En 1980, Dezaki quitte Madhouse et rejoint Akio Sugino, un ancien de Mushi parti à TMS, pour le studio Annapuru. Suite à ce départ, Masao Maruyama prend les rênes du studio, dont il est toujours le directeur artistique aujourd’hui. Madhouse abandonne alors la production de séries et se consacre à la production de films à partir des années 1980.

  • Une politique en faveur du long-métrage

Maruyama, entré à Mushi en 1965 et occupant le poste clé de producteur exécutif, décide de confier un certain nombre de projets de longs-métrages à de nouveaux réalisateurs. Parmi ces films, l’adaptation de Gen de Hiroshima, un manga autobiographique de Keiji Nakazawa (1973-1985), par Masaki Mori en 1983 a été un projet très important, à la fois pour le retour qu’il permet sur une phase sombre de l’histoire japonaise (les bombardements atomiques mais aussi l’ostracisme des hibakushales victimes de la bombe), et pour l’avènement d’un modèle auteuriste en animation, que va beaucoup contribuer à développer Madhouse.

Ex : Gen de Hiroshima (Mori, 1983)

Maruyama confie également à Rintarô (Hayashi Shigeyuki) de nouvelles responsabilités. Il est alors connu pour sa direction de la série de la Toei Albator le corsaire de l’espace (1978-9). Rintarô a débuté à la Toei Doga en 1958 comme coloriste, puis est débauché par Mushi en 1961. Considérant que son talent en dessin est limité, il s’oriente vers la mise en scène et devient directeur d’épisode sur Astro Boy, avant de passer réalisateur sur Le Roi Léo (1965). Madhouse lui permet ainsi de faire ses débuts dans le long-métrage (si on excepte son adaptation de Galaxy Express 999 pour le cinéma en 1979), pour réaliser des films plus adultes comme Harmagedon (1983) ou L’épée de Kamui (1986).

Ex : Harmagedon (1983)

Il participe en 1987 à un omnibus (plusieurs courts-métrages assemblés en un long) qui forme une sorte de manifeste du style Madhouse, où l’on retrouve les principaux artistes : Manie-manie ou Neo-Tokyo (Menkiyu monogatari). C’est là que perce Yoshiaki Kawajiri , qui réalise le segment The Running Man

Ex : Neo-Tokyo (1987)

Son second film Yōjū toshi (La Cité Interdite, 1989) lui permet de gagner une certaine renommée dans le monde de l’animation, confirmé par le succès de Ninja Scroll (Jube ninpuchô, 1993), révélant son style adulte et très personnel, fait de violence et de sexualité crue.

Ex : Ninja Scroll

  • La Nouvelle Vague

Kawajiri est revenu depuis au storyboard, son poste de prédilection, mais le maître a formé un disciple soucieux de faire perdurer son style : Takeshi Koike, qui réalise en 2003 le segment de The Animatrix scénarisé par Kawajiri, Record du monde, poursuit le même style graphique sombre et puissant. Il a ainsi réalisé en 2010 dans ce même esprit Redline, un film de course poursuite automobile postapocalyptique décadent et poétique.

Ex : Redline, Koike (2010)

Depuis les années 1990, les longs-métrages de Madhouse font la gloire du studio, et attirent dans son giron de grands réalisateurs, comme Morio Asaka (réalisateur de séries comme Monster, Gunslinger Girl, Black Lagoon, Nana…), Masayuki Kojima (ancien réalisateur de séries passé au long-métrage avec Piano Forest et The Tibetan Dog), Satoshi Kon, ainsi qu’une nouvelle génération : Mamoru Hosoda, Takeshi Koikeet Sunao Katabuchi par exemple. Madhouse a donc été une des plateformes de lancement de la Nouvelle vague, dont il sera question plus tard ici.

Ex : Nasu, un été andalou (Kosaka, 2003)

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marie.pruvost-delaspre (a) univ-paris3.fr
Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle

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